La salle de bal

La salle de bal, Anna Hope (Folio, 2019)

Anna Hope nous offre un très beau roman, puissant et mélancolique, qui se déroule dans l’Angleterre rurale du début du XXe siècle, quelques années seulement avant la première guerre mondiale.

L’histoire se déroule en 1911 dans un asile du Yorkshire. On y découvre trois personnages : Ella, une jeune ouvrière internée pour s’être révoltée à la filature où elle travaillait depuis son enfance ; John, un Irlandais taiseux et charismatique ; Charles, un médecin versé dans l’eugénisme. Musicien dans l’âme et artiste contrarié, ce dernier met en place, pour les faibles d’esprit qui peuplent son asile, une thérapie par la musique. Il organise ainsi un grand bal chaque semaine, le vendredi. Tous deux brisés par la vie, Ella et John vont se rapprocher et renaître par la danse.  

La galerie de personnages est très joliment dessinée et les personnages secondaires (Clem et Dan, notamment) sont travaillés avec autant de soin que les héros principaux. Il y a un formidable souffle romanesque qui balaie cette salle de bal. On se laisse emporter dans la ronde des sentiments, on ressent leur fébrilité, le pouvoir évocateur d’une fleur séchée ou d’une plume d’hirondelle, leur puissance, leur poésie. On tremble pour Ella Fay et John Mulligan à mesure que grandit la folie du docteur Fuller, convaincu de la supériorité de certains êtres sur d’autres et de la nécessité de stériliser les plus faibles pour éviter leur reproduction. 

Anna Hope s’est admirablement documenté pour écrire son roman : sur la vie dans un asile d’aliéné au début du XXe siècle d’abord (il a bien existé un asile avec une salle de bal dans le Yorshire), et sur le projet de loi sur le Contrôle des faibles d’esprit (votée en 1913) ensuite. On apprend notamment que le grand Churchill, alors ministre de l’intérieur, assumait ouvertement son ambition eugéniste pour la société britannique. Autre temps, autres mœurs… mais cela m’a toutefois fait froid dans le dos.

La salle de bal est un roman profondément humain, à l’écriture maîtrisée, que je recommande. Il ne me reste plus qu’à lire Le chagrin des vivants à présent !

Ce roman a remporté le Grand Prix des lectrices ELLE en 2018.

La salle de bal de Anna Hope est disponible en Folio (2019, 448 pages).

—-

3 réflexions au sujet de « La salle de bal »

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s