Le bruit des clés

Le bruit des clés, Anne Goscinny (NiL, 2017)

Anne Goscinny écrit à son père et nous livre un témoignage poignant. J’ai beaucoup aimé.

Quand Anne Goscinny était enfant, le bruit des clés sur la console de l’entrée était une musique rassurante. Elle l’entendait à chaque fois que son père rentrait à la maison en fin de journée. Ce bruit a cessé le jour où son père est mort.

Le bruit des clés est un ouvrage très court, une lettre que la petite fille adresse à son père depuis longtemps disparu. Ce Papa à qui elle a dit « à tout à l’heure » un samedi matin et qui est tombé raide mort dans le cabinet d’un cardiologue au cours d’un test d’effort. Ce Papa qu’elle a voulu venger le jour de son dix-huitième anniversaire en se rendant chez ce même cardiologue avec des envies de meurtre. Ce Papa, humoriste et auteur de bandes dessinées à succès, tellement connu qu’il ne lui appartient plus. Ce Papa qui l’a laissée seule avec une maman désespérée et atteinte d’un cancer. Ce Papa qu’elle a cherché en chacun des hommes qu’elle a rencontrés dans sa vie. 

Au fil des pages, on découvre un Goscinny intime, père aimant et complice. Avec pudeur, Anne raconte René. Elle raconte à quel point il lui a manqué, à quel point il lui manque. Elle raconte sa douleur, sa vie sans lui, tout ce qu’il a manqué. En cela, et malgré le contexte très différent, Anne racontant René m’a rappelé Marceline racontant Schloïme dans Et tu n’es pas revenu

Je pensais lire cette lettre en une soirée et il m’a fallu plusieurs jours. Il m’a fallu faire des pauses. Relire des phrases, parfois à voix haute, les noter. Il m’a fallu accueillir, accepter et digérer les mots, la peine d’Anne. 

Je voulais un lundi comme les autres. Comme les autres lundis et comme les autres enfants. Pas un lundi avec un mort dans mon cartable.

J’imagine que tu attendais que je grandisse pour me raconter ton adolescence, ta jeunesse. Tes souvenirs et moi devions grandir ensemble.

Je connaissais déjà la vie de René Goscinny, ses origines juives, sa vie en Argentine puis aux Etats-Unis, et j’avais visité la formidable exposition rétrospective que le Musée d’art et d’histoire du judaïsme lui avait dédiée en 2017, mais c’est en écoutant l’épisode du Book Club Louie consacré à Catel que j’ai eu envie de lire Anne Goscinny, et Le bruit des clés en particulier. Et cela m’a permis de découvrir la collection « Les affranchis » de NiL Editions : une collection qui demande à ses auteurs d’écrire la lettre qu’ils n’ont jamais écrite. Émotion garantie.

Le bruit des clés, de Anne Goscinny est disponible chez NiL Editions, collection « Les Affranchis » (2017, 96 pages).

  • En complément, retrouvez ma chronique sur le Roman des Goscinny de Catel (Grasset, 2019) ;
  • Pour écouter ou réécouter le podcast de l’épisode #5 du Book Club sur Catel, c’est par ici ;
  • Pour en savoir plus sur l’exposition René Goscinny – Au-delà du rire au Mahj, c’est par ici !

Une réflexion au sujet de « Le bruit des clés »

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