Le Consentement

Le Consentement, Vanessa Springora (Grasset, janvier 2020)

J’ai aimé cet ouvrage. Pour son propos, pour sa plume, pour sa sincérité, pour son élégance. Lisez-le. 

Voilà, je viens de refermer le livre de Vanessa Springora. Ce récit dans lequel elle raconte avoir été, à quatorze ans, l’amante de G.M., écrivain célèbre et célébré dans les années 70-80. Précision importante : G. M. a 36 ans de plus que Vanessa, il aime les très jeunes filles (et les petits garçons philippins) et raconte ses exploits, par le menu, dans les romans et autres journaux intimes qu’il publie régulièrement. Vanessa Springora raconte ici la façon dont elle est tombée amoureuse de lui à treize ans, la façon dont il l’a séduite, l’emprise dont elle a été la victime (même si ce mot a mis longtemps avant de lui apparaître comme une réalité) et l’impunité dans laquelle G. M. a longtemps sévi. Car, en tant qu’artiste, ce prédateur sexuel, ce pédophile notoire, n’a jamais été inquiété. 

Son regard ne cesse d’épier le moindre de mes gestes et quand j’ose enfin me tourner vers lui, il me sourit, de ce sourire que je confonds dès le premier instant avec un sourire paternel, parce que de père, je n’en ai plus.

Bien sûr j’ai lu de nombreux articles à ce sujet ces deux dernières semaines (je n’avais jamais entendu parler de G. M. avant cela), sans forcément avoir envie de lire le livre en question. Et puis j’ai écouté L’Heure Bleue et regardé La Grande Librairie. Alors, seulement, lire Le Consentement m’est apparu nécessaire. 

Et maintenant que je l’ai lu, je vous le dis sans détour : lisez-le.

Je n’ose imaginer l’énergie, la force considérable, qu’il a fallu à Vanessa Springora pour écrire ces quelque 200 pages, pour y enfermer son bourreau. Et l’appréhension qu’elle a du ressentir à sa publication. Sa surprise face à l’ampleur du phénomène qu’elle a déclenché. Les temps ont changé. Les victimes parlent et sont écoutées. 

A quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie du collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter. De tout cela j’ai conscience, malgré mes quatorze ans, je ne suis pas complètement dénuée de sens commun. De cette anormalité, j’ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité.

A l’inverse, quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond.

Le Consentement n’est pas un cri vengeur mais le fruit de la réflexion, le résultat d’un travail mené pendant plus de trente ans. Un travail de reconstruction, de réappropriation. La distance, malgré l’usage de la 1ere personne, s’impose par la sobriété de l’écriture. C’est cette sobriété, justement, qui lui donne toute sa puissance. Point de pathos, les faits uniquement. C’est un récit qui fera certainement bouger les lignes, un livre qui fera date. En tout cas, je l’espère.

Fin de l’omerta. 

Non, cet homme n’était pas animé que des meilleurs sentiments. Cet homme n’était pas bon. Il était bien ce qu’on apprend à redouter dès l’enfance : un ogre.

Le Consentement, de Vanessa Springora est disponible chez Grasset (janvier 2020, 216 pages).

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