Les Magnolias

Les Magnolias, Florent Oiseau (Allary Editions, 2020)

Florent Oiseau aime les losers. Il les croque dans la médiocrité de leur quotidien tout en les rendant à la fois poétiques, magnifiques et inoubliables. Voilà pourquoi son roman, Les Magnolias, est si attachant. 

Moi je ne prends que de la macédoine, mais une dose gargantuesque. La macédoine, ça sent le chagrin, je trouve que c’est un plat émouvant. Elle nous rappelle la cantine, les colonies de vacances. Les séminaires moisis organisés par des boîtes ringardes. Mais c’est avant tout un plat d’aire d’autoroute, une entrée fédératrice. Mayonnaise et légumes, quelle audace.

Chez Florent Oiseau, les losers sont légion. Il y a Alain, notre héros, un comédien raté qui aime les restaurants des aires d’autoroute, et puis Rico, son magouilleur de manager. Il y a aussi Michel, l’oncle dépressif, vaguement poète, mis au ban de la famille. Alain est un gentil garçon qui rend visite à sa grand-mère presque sourde et presque aveugle, chaque semaine, à la maison de retraite. Sa dernière prestation date d’il y a dix ans (il jouait un cadavre dans une saga de l’été, sur TF1 !) et il compte sur Rico pour lui dégoter le rôle de sa vie. Rico, lui, vit de menus larcins et, mis à la porte de son appartement, décide de s’incruster dans le studio d’Alain avec son porte-manteau d’un goût douteux et ses recettes de cuisine, non moins douteuses (à vous aussi, l’idée du « sandwich-flageolets-beurre », accompagné d’un rosé tiède, donnera des hauts-le-cœur !). Lorsque la grand-mère d’Alain lui demande de l’aider à mettre fin à ses jours, ce dernier voit sa vie prendre un tout autre sens. Dresser des listes de noms de poneys (Caramel, Jumper, Tonnerre…) ne lui suffit plus, et, même s’il trouve du réconfort dans les bras de Rose, la prostituée qui gare sa camionnette non loin de là, il file se réfugier dans la maison familiale, se rapproche de son oncle et commence à voir la vie de sa grand-mère adorée d’un œil neuf. 

Oui, c’est foutraque. Non, ça ne fait pas rêver. Chez Florent Oiseau, même les plateaux de tournage sont miteux et les road movies se font en Fuego. Rien n’est glamour. On friserait le sordide s’il n’y avait cet humour empreint de tendresse qui irradie chaque page. Et c’est pour cela que j’ai aimé Les Magnolias. Vous aussi, vous vous attacherez à Alain, à sa grand-mère, et à tous les paumés qui apparaissent au fil des pages. 

Je n’ai pas encore lu Je vais m’y mettre (découvert récemment grâce à un web-docu d’Arte sur la procrastination) ni Paris-Venise… mais mon petit doigt me dit que ça ne saurait tarder ! 

Un lecture légère, qui file à toute allure et s’achève le sourire aux lèvres. Idéal pour une soirée d’hiver.

Les Magnolias, de Florent Oiseau, est disponible chez Allary Editions (2020, 224 pages).

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