Le Roman des Goscinny

Le Roman des Goscinny, Catel (Grasset, 2019)

Après avoir lu Le bruit des clés en décembre dernier, j’ai été ravie de retrouver Anne Goscinny et son père, René, dans le dernier roman graphique de Catel. Sur la couverture, Anne, devenue adulte, fait face à son père depuis longtemps disparu, et ils échangent un regard complice. La douceur de ce regard donne le ton de l’ouvrage, que j’ai beaucoup aimé.  

Dès les premières pages, on assiste à la naissance d’une amitié entre Anne et Catel. C’est Anne qui demande à Catel de consacrer un roman graphique à la vie de René Goscinny. Si elle refuse dans un premier temps, car ce sont les destins de femmes fortes qui l’intéressent, Catel se laisse finalement convaincre. Mais il s’agira d’un album de famille : le Roman des Goscinny. Ainsi René n’est-il pas le seul héros de l’histoire racontée par Catel. Anne y a au moins autant d’importance, si ce n’est plus, puisqu’elle est à l’origine du projet. Sur les planches en noir et blanc, les aplats d’un bleu nostalgique répondent à un orangé plus dynamique. René et Anne prennent la parole à tour de rôle, se répondent, se retrouvent. Comme si Catel avait retissé entre eux un lien depuis longtemps rompu. 

En ouvrant ses archives à Catel, Anne nous invite dans l’intimité de sa famille. Catel raconte l’enfance, la jeunesse, les années de vache maigre et les succès, enfin !, de René Goscinny. Ses origines juives. Sa relation avec sa maman adorée, celle – plus distante – avec son grand frère Claude. Son admiration pour le travail de Walt Disney. Ses carnets de croquis. On suit René de Buenos Aires à Paris, en passant par New York et Bruxelles. On découvre cette volonté de faire rire qui l’a animé toute sa vie. Le talent avec lequel il a su créer d’incroyables héros en tandem avec Uderzo (Astérix), Morris (Lucky Luke) ou encore Sempé (le Petit Nicolas). Son caractère, ses qualités de cœur, l’ami indéfectible qu’il était.

Et puis Catel raconte Anne. La petite fille privée trop tôt de son père. L’adolescente qui a voulu le venger le jour de ses 18 ans, a pris soin de sa mère malade, s’est peut-être sentie abandonnée. La femme, enfin, devenue écrivaine et mère de famille. Heureuse et fière de l’héritage de son père. Enfin réconciliée avec lui. 

L’histoire qui m’avait émue dans Le bruit des clés est ici superbement mise en mots et en images par Catel. C’est frais, c’est doux et très plaisant à lire. Un ouvrage certainement moins engagé que les précédents (Olympe de Gouges, Ainsi soit Benoîte Groult, Kiki de Montparnasse ou Joséphine Baker) mais non moins réussi. Bel hommage d’une autrice de bande dessinée d’aujourd’hui à René Goscinny, scénariste culte du 9e art, décédé brutalement en 1977. 

Le Roman des Goscinny, de Catel, est disponible aux éditions Grasset (2019, 344 pages).

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