Voyou

Voyou, Itamar Orlev (Points, 2020)

Un beau salopard. Voilà ce que pense Tadek de ce père qu’il n’a pas vu depuis une éternité et à qui il décide de rendre visite en Pologne quand sa femme le quitte. Itamar Orlev livre un très beau roman sur la filiation, violent et poignant à la fois. Sans aucun doute, l’un de mes ouvrages favoris dans la sélection du Prix du Meilleur Roman POINTS 2020.

Depuis que sa mère les a embarqués en Israël, lui, son frère et ses deux sœurs, Tadek n’a pas revu son père. En quittant la Pologne, ce n’est pas la misère qu’elle fuyait. Non, ce qu’elle voulait, c’était leur épargner les coups, la violence, les démons du père. Tadek n’était alors qu’un petit garçon. Et c’est ce petit garçon, maintenant devenu trentenaire, marié et père de famille, qui, sous la plume d’Itamar Orlev, part affronter son monstre de père en Pologne. Hanté par ses traumatismes et seul face à ses cauchemars depuis que sa femme l’a quitté, cette visite semble nécessaire à Tadek, surtout s’il veut, lui-même, devenir un bon père pour son jeune fils. Si Tadek n’est pas le père qu’il voudrait être, c’est peut-être (sûrement) parce qu’il n’a pas eu celui dont il aurait eu besoin. 

Comme dans les films. Je voulais d’un père héros hollywoodien. Voilà qu’une fois encore la réalité se salissait sous mes yeux, et plus je regardais celui qui était assis en face de moi, plus je le trouvais laid.

Voyou est un roman sans concession, cru, émouvant. Comme Tadek, on ne peut que ressentir le plus grand dégoût pour cet homme, cet ivrogne, violent et grossier, qui croupit dans un hospice de Varsovie. Derrière ses culs de bouteilles, et malgré les larmes qu’il verse parfois, il a conservé le regard assassin, souvent assorti d’un sourire mauvais, de ses jeunes années. On ne peut pas dire que ce petit vieux soit attendrissant. L’ogre n’est plus, et pourtant… Pourtant sa décrépitude émeut, de même que ses (trop rares) remords. Car l’homme s’est toujours refusé à se retourner sur ses actes. A quoi bon ? Ce qui est fait est fait, semble-t-il dire, voilà tout. Alors on suit ce couple père-fils mal assorti le temps d’une virée dans la Pologne des années 80, grise et hantée par le spectre de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide qui a suivi. Les jurons sont légion et on ne compte plus les cigarettes, les pénuries d’allumettes, ni les bouteilles de vodka. A défaut de complicité, on assiste tout de même à la naissance d’un lien, ténu. 

Alors j’ai détaillé le profil de cet homme, mon géniteur, à la fois étranger et familier. Que j’aimais et que je détestais. Oui, j’aimais ce père que je détestais.

J’ai aimé ce roman pour son style, impeccable, sa construction, et son oscillation perpétuelle entre l’amour filial, la haine viscérale, l’appréhension, l’incompréhension. Faut-il pardonner à ses parents pour se construire, avancer ? C’est la question qui affleure à chaque page de ce premier roman réussi, excellente surprise de la sélection du Prix du Meilleur Roman POINTS 2020.

Voyou, d’Itamar Orlev, est disponible en Points (mai 2020, 528 pages – Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz).

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