La part manquante

La part manquante, Christian Bobin (Folio, 108 pages)

Attention, merveille ! 

Comment ai-je pu, jusqu’à présent, passer à côté de Christian Bobin ? Il y a quelques jours j’ai ouvert La part manquante, recueil de nouvelles publié chez Gallimard en 1989, et j’ai été happée. 

Vous regardez son visage dans ces instants. Le passage des saisons, les approches de la mort et cette atteinte plus profonde encore qu’une rêverie : tout se donne à voir, sur le ciel d’un visage.

Subjuguée par chaque phrase, je n’ai cessé de m’exclamer « Que c’est beau ! ». Oui, c’est beau. Tellement beau que j’ai lu et relu plusieurs phrases, plusieurs paragraphes, avant de reprendre ma lecture une nouvelle fois, depuis le tout début et à haute voix. Pour m’envelopper de la musique des mots. Parce que, je le répète, les mots de Christian Bobin sont beaux. Je n’ai jamais ressenti aussi fort ce besoin de lire à voix haute, jamais. Et, pour la première fois, je viens de lire ainsi un ouvrage en entier. A voix haute ou plus bas, dans un murmure. Pas seulement quelques extraits mais un recueil de onze nouvelles, autant de pensées intimes et profondes, de portraits vivants et magnifiques, de visages devenus paysages. Il y a une lumière sublime, il y a Dieu, l’amour, les enfant, la nature, l’écriture… Il y a l’art de l’image, l’art de l’ellipse, l’art de tout… est-ce possible ? Je crois pouvoir dire avec certitude qu’entre ces pages j’ai été touchée par la grâce de Christian Bobin. 

Elle porte une robe plissée avec, sur ses genoux, un sac de grand magasin. Il porte, depuis le début du jour, une nouvelle trop grande pour lui, dont il ne sait comment se délivrer.

Aussitôt refermé La part manquante, j’ai filé chez mon libraire et je me suis offert La grande vie et L’homme-joie (guidée uniquement par leur titre et les quelques mots en 4e de couverture. « Ecrire, c’est dessiner une porte sur un mur infranchissable, et puis l’ouvrir » : voilà la 4e couverture de L’homme-joie, comment résister ?). Et puis j’ai commandé Le Très-Bas

Nos attitudes devant l’amour sont enracinées dans l’enfance indéracinable, et nous attendons un amour éternel comme un enfant espère la neige qui ne vient pas, qui peut venir.

Je ressens l’immense joie d’avoir découvert un véritable poète, un maître dans l’art des mots. J’ai l’intuition d’avoir trouvé en Christian Bobin mon auteur de chevet, celui vers lequel je ne vais cesser de revenir. 

Elle est mise au travail à seize ans, par le père, du jour au lendemain. La veille, elle ferme les livres d’école. Elle ferme tous les livres d’un bruit sec, elle laisse son âme entre deux pages, une fleur toute verte encore, tant pis, elle séchera là d’un seul coup, en une seule nuit. Au matin elle entre dans l’usine.

A suivre donc…

La part manquante, de Christian Bobin, est disponible en Folio (108 pages).

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