Mes vies secrètes

Mes vies secrètes, Dominique Bona (Folio, 2020)

Qu’il est délicieux de découvrir l’univers de Dominique Bona !

De chapitre en chapitre, la romancière et biographe académicienne se dévoile (un peu) en nous présentant les illustres personnages auxquels elle a consacré un ouvrage, depuis Romain Gary jusqu’à Colette, Camille Claudel, les sœurs Hérédia ou Berthe Morisot. Sa plume est aussi élégante que son phrasé (j’ai prolongé ma lecture par l’écoute de quelques émissions de radio sur France Inter et France Culture), ses anecdotes sensibles, drôles et passionnées. On sent la force de l’empathie qui rayonne à chaque page. Elle nous dit d’ailleurs : « Les personnages ont tout pouvoir sur leur biographe, qui ressent leurs ondes et en accuse les effets. Gary, avec ses masques, me désorientait et j’ai fini par le perdre. Zweig m’a entraînée dans sa descente vers l’abîme et conduite aux portes de la dépression qui l’a finalement emporté. Berthe Morisot voulait que je sois droite et claire, comme elle tenace et appliquée. Clara Malraux m’a communiqué sa joie, sa malice, et fait pleurer aussi avec elle, dans les moments de tendresse vaincue. Mais aucun ne m’a procuré comme Gala tant d’ondes dynamiques : l’énergie, la force qui va, tels sont ses dons de muse. Cette peste de Peggy Guggenheim avait beau l’accuser d’être « la plus antipathique des femmes », elle était surtout extraordinairement tonique et positive. »

Dominique Bona aime ses personnages, elle cherche leur souvenir dans chaque lieu, chaque habitation, qui les a vus passer et en fait les compagnons d’une vie.

Le récit autobiographique est également parsemé de réflexions sur son métier. Elle note, à propos de sa première biographie (celle sur Gary, qu’elle admirait !) : « La ferveur est l’ennemie du biographe : elle peut le conduire dans toutes sortes d’errements – elle obscurcit le jugement et peut détourner l’auteur du seul but qui importe – comprendre. La première qualité d’un biographe, ce devrait être la lucidité. Or, je n’étais pas lucide, au départ. Puisque j’étais passionnée. »

J’ai aimé suivre Dominique Bona au fil des pages et des rencontres, j’aimé voir ses personnages se croiser de près ou de loin au fil des ouvrages évoqués. J’ai aimé la curiosité qu’elle a éveillée en moi, l’envie de plonger dans ses ouvrages, d’aller plus loin. Je vais d’ailleurs ouvrir dès à présent la biographie de Berthe Morisot qui m’attend depuis bien trop longtemps dans ma bibliothèque. Et j’irai sûrement très bientôt rendre visite à ses œuvres au musée d’Orsay…

Mes vies secrètes, de Dominique Bona, est disponible en Folio (336 pages).

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