Le Cœur cousu

Le Cœur cousu, Carole Martinez (Folio)

Il y a quelque chose qui relève de la magie dans ce roman. Profondément sensible, le Cœur cousu imprime chez le lecteur une large palette de sensations d’une rare intensité.

Il y a de la magie dans les prières qui se transmettent de femme en femme chez les Carasco.

Il y a de la magie dans le don que chacune reçoit, dans la façon dont chaque destin se façonne.

Il y a de la magie, disais-je, dès que Frasquita se saisit d’une aiguille pour coudre ou broder. De la magie dans ses fils chatoyants. De la magie quand Anita chante, quand Clara se nourrit de soleil. 

Magie du féminin, magie du geste, magie de la parole.

Cela m’a pris ce soir d’écrire. Me voilà donc attablée, face à mon écriture nocturne, et je sais que cette écriture noircira le temps qu’il me reste, que j’éclipserai ce grand soleil de papier dans un crissement de plume. L’encre m’est venue quand il n’y a plus eu de larmes. Plus rien d’autre à pleurer. Plus rien à espérer que le bout du cahier. Plus rien à vivre que ces nuits de papier dans une cuisine déserte.

Il y a de la magie, donc. Il y a aussi une bonne dose de folie – surtout chez les hommes qui traversent la vie de ces femmes. Et un formidable souffle romanesque qui balaie tout sur son passage.

Dans l’Espagne du 19e siècle, Carole Martinez tisse pour notre plus grand plaisir une fresque racontant une lignée de femmes détentrices d’un mystérieux pouvoir. Il est question de transmission et de traversée. Il est également question d’émancipation, de liberté. 

Emportée dès les premières pages, j’ai profondément aimé les femmes Carasco. Leur force, leur sagesse, leur fantaisie parfois. Leur lumière malgré la souffrance. 

Le Cœur cousu est un grand roman, un roman qu’on n’oublie pas. Merci à la magicienne Emilie Lacour (alias @_carasco) de m’avoir recommandé cet ouvrage 💙

Cotonnade amarante, cerise et coquelicot. Entrelacs de garance, de vermeil et grains de grenat. Velours cramoisi et taffetas pourpre. Boutons de porphyre et larmes de sang dans leur écrin doré. Eclat de rubis dans l’œil noir de la couturière. Coraux de soie sauvage et géraniums enflammés. Les quelques coupons qui restèrent éclataient dans la blancheur cotonneuse des robes de noces. La toilette rouge éclipsait par son mystérieux bouillonnement ses sœurs de tissu. Elle captait violemment le regard et, peu à peu, la couturière lui accorda une attention toute particulière.

Le Cœur cousu, de Carole Martinez, est disponible en Folio (448 pages).

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