L’homme que je ne devais pas aimer

L'homme que je ne devais pas aimer, Agathe Ruga (Flammarion, 2022)

Voilà quelques jours que j’ai refermé le deuxième roman d’Agathe Ruga et il infuse encore en moi. Son premier roman, Sous le soleil de mes cheveux blonds (Stock, 2019), m’avait déjà remuée en racontant une histoire d’une amitié toxique ou enivrante (c’est selon).

Vous l’ai-je déjà dit ? J’aime l’autofiction. Je dirais presque que rien ne me bouleverse autant que le récit de l’intime, qui touche à l’universel. Je pourrais citer Delphine de Vigan avec Rien de s’oppose à la nuit ou Violaine Huisman avec Fugitive parce que reine.

Si Chloé Delaume insiste dans la masterclass qu’elle a donnée à l’école Les Mots sur le fait que, dans l’autofiction, l’auteur, le narrateur et le héros doivent constituer la même entité, et s’il est vrai que la narratrice de L’homme que je ne devais pas aimer s’appelle Ariane, il est pourtant indéniable qu’Agathe Ruga pratique l’autofiction. Elle le revendique même. Qu’on lui fiche la paix avec la fiction ! 

Et si je lui avais raconté mon errance dans les rues, de l’aube au crépuscule, mon attente infinie, mon obsession, mon désespoir, mes détours, mes vêtements, mes musiques, mes cigarettes, si je lui avais décrit tout ce temps passé à l’aimer en solitaire, à y croire, à infuser dans l’air un goût d’espoir, à parler aux pigeons et à me tordre dans la nuit, il ne m’aurait pas crue.

Dire « Je » et l’assumer, la posture est courageuse, honnête. Et généreuse. Il faut du cran et c’est exactement le sentiment que m’inspire Agathe Ruga.

L’homme que je ne devais pas aimer parle d’adultère. Et, pour une fois, ce n’est pas l’histoire d’un mari volage ou d’une maîtresse malheureuse et sacrifiée. Ici point de femme éplorée. Ici, c’est l’épouse qui fait voler son mariage en éclats pour les beaux yeux d’un serveur. Eh oui, le sujet « gratte un peu » comme j’ai pu le lire récemment sur Instagram (que l’autrice ou l’auteur de la chronique en question veuille bien m’excuser, je n’ai pas noté son nom). Ariane/Agathe fume, boit, vit, séduit. Elle n’est pas là pour faire tapisserie. Elle provoque son destin, elle assume ses désirs et leurs conséquences. Agathe Ruga raconte la passion amoureuse, cette sorte de folie qui éclipse tout le reste, enfants compris. La respiration que l’on retient en attendant un signe de vie, la disparation de l’appétit, les nuits sans sommeil. Qu’il s’agisse d’amour ou de ce sentiment qu’en anglais on appelle « infatuation », au fond peu importe. 

Il y a les mères qui bouffent, boivent, prennent des médicaments.

Il y a les mères qui travaillent trop.

Celles qui pleurent le matin au réveil en se demandant pourquoi.

Il y a les mères qui cuisinent, cousent, rejoignent des associations, vont à la messe.

Celles qui courent frénétiquement dès l’aube.

Il y a celles qui postent six mille photos de leurs gamins.

Il y a celles qui ne font rien de tout ça et qui tombent malades.

Et puis il y a les mères qui trompent leur mari.

Les mères font ce qu’elles peuvent.

Les pères aussi. »

Mais ce n’est pas uniquement l’histoire d’une famille foutue en l’air qui se déroule sous nos yeux, L’homme que je ne devais pas aimer est également l’occasion pour Ariane/Agathe de tourner les pages de l’album des hommes de sa vie : son père, ses beaux-pères, son frère… une galerie de portraits qu’elle dessine avec tendresse et vérité, comme autant de piliers de sa vie de femme.

Un deuxième roman réussi, donc. 

Et si, dans son troisième roman, Agathe ne s’appelait pas Brune ou Ariane… mais tout simplement Agathe ? J’ai hâte.

La vie n’est pas là pour apporter des réponses mais seulement des expériences.

L’homme que je ne devais pas aimer, de Agathe Ruga, est disponible aux éditions Flammarion (avril 2022, 208 pages).

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