Résistante

Résistante, Jacqueline Fleury-Marié et Jérôme Cordelier (Le Livre de Poche, 2021)

Publié en 2019 chez Calmann-Lévy et disponible au Livre de Poche depuis 2021, le récit que Jacqueline Fleury-Marié a écrit avec Jérôme Cordelier aurait pu s’appeler Résistantes. Avec un S.

L’ouvrage ne raconte pas uniquement son propre engagement, il rend hommage à l’engagement de nombreuses femmes pendant la deuxième guerre mondiale. Celui de sa mère, de certaines de ses amies ou professeures, de postières… Elles s’appellent Marie Cadenne, Anasthasia Walk (dite Nanette), Mlles Wilmet et Nerot, Mme Burel, Mme Stewart, Violette Szabo, Denise Bloch, Lilian Rolfe, Noor Inayat Khan, Odette Sansom, Mlle Domergue, Mme Gonce, Geneviève, Hélène Roederer, Suzanne Guyotat… Sur les 1 038 résistants élevés Compagnons de la Libération par le général de Gaulle, seulement six sont des femmes – un chiffre qui est loin de représenter leur réelle part à cette lutte clandestine.

La Résistance est un combat de tous les jours. Mon combat.

Le témoignage est court – moins de 130 pages, il n’en est pas moins intense et poignant. Jacqueline s’engage très jeune, sans savoir que les membres de sa famille (son frère, sa mère, son père) sont engagés également. Elle revient sur son quotidien de résistante : l’impression clandestine de revues et de tracts, leur transport et leur distribution dans son panier de lycéenne, la peur, l’inconscience… Ensuite vient l’arrestation par la Gestapo et l’emprisonnement à Fresnes, les retrouvailles avec sa mère en prison, la déportation et l’horreur de Ravensbrück, la faim, la violence, le froid, la maladie. Et l’amitié. Car c’est l’amitié qui la fait tenir. C’est l’amitié qui la sauve. Elles sont quatre inséparables. Et elles s’en sortiront. Brisées mais vivantes.

Je me suis efforcée de croire. Et j’ai toujours abouti à la même conclusion : pour moi, Dieu nous avait oubliés.

Je me suis davantage raccrochée à une valeur plus tangible : l’amitié, cette fraternité étonnante qui, dans cette épreuve insoutenable, nous avait soudées les unes aux autres, et qui nous permettra de continuer bien après, jusqu’à la mort de chacune, de former cette chaîne. Nous avons été façonnées par ce sens du partage que nous avons appris dans les camps et qui conduit à tendre la main ou une épaule à une camarade qui ne peut plus marcher, qui abandonne, au bout de son épuisement, et soupire : « C’est fini pour moi, je reste ici. » Dans ces camps du malheur, ces petits gestes représentaient des actes héroïques, une résistance à l’inhumanité.

Il y a une force incroyable qui émane de cet ouvrage, une volonté digne et persévérante de témoigner. En créant en 1961 le Concours national de la Résistance et de la Déportation, en tant que vice-présidente de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance, en contribuant à la réalisation du mémorial de la Déportation de l’île de la Cité à Paris, ou encore en prenant la parole sur le plateau de la Grande Librairie le 27 avril dernier. Transmettre, encore et toujours.

Seules, nous n’aurions jamais survécu.

C’est de cela que je veux témoigner.

Témoigner de ce que nous avons vécu.

Jusqu’à mon dernier souffle.

Avant que le monde oublie.

Résistante, de Jacqueline Fleury-Marié et Jérôme Cordelier, est disponible au Livre de Poche (2021, 128 pages).

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