
Passer un week-end de rêve dans le Luberon, pousser la porte d’une librairie à Apt, repenser au Dit du mistral et s’offrir encore un peu de Provence avec Giono et Bosco…
C’est au son des cigales, à l’ombre d’un mûrier platane que j’ai dégusté Colline, le premier roman de Jean Giono. Publié chez Grasset en 1929, Colline ouvre la Trilogie de Pan, qui sera complétée par Un de Baumugnes et par Regain.
L’ombre des oliviers s’est peu à peu rétrécie ; tout à l’heure, comme un tapis fleuri de taches d’or, elle tenait tout le champ. Sous les rais de plus en plus droits elle s’est morcelée, puis arrondie. Maintenant elle n’est plus que gouttes grises autour de troncs.
C’est midi.
La bêche s’arrête.
Le roman se déroule aux Bastides Blanches, un hameau d’une douzaine d’âmes. Quand le doyen, Janet, se retrouve paralysé et cloué au lit, des choses étranges commencent à se produire : la fontaine tarit, une enfant tombe gravement malade, un incendie s’abat sur la colline. Voilà les paysans aux prises avec les caprices de la nature… Voilà les superstitions qui enflent… Le vieux Janet, sourcier et sûrement un peu sorcier, en est peut-être responsable…
La bête souple du feu a bondi d’entre les bruyères comme sonnaient les coups de trois heures du matin. Elle était à ce moment-là dans les pinèdes à faire le diable à quatre. Sur l’instant, on a cru pouvoir la maîtriser sans trop de dégâts ; mais elle a rué si dru, tout le jour et une partie de la nuit suivante, qu’elle a rompu les bras et fatigué les cervelles de tous les gars. Comme l’aube pointait, ils l’ont vue, plus robuste et plus joyeuse que jamais, qui tordait parmi les collines son large corps pareil à un torrent. C’était trop tard.
Coup de cœur pour ce texte, pour sa langue merveilleuse, pour son pouvoir d’évocation qui fait de la colline un personnage à part entière.
Colline de Jean Giono est disponible au Livre de poche (160 pages).
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