Douce

Douce, Sylvia Rozelier (Le Passage, 2018)

A quoi ressemble la vie d’une femme qui tombe éperdument, passionnément, amoureuse d’un homme profondément, fondamentalement, infidèle ? 

Dans Douce, Sylvia Rozelier dissèque toutes les étapes de cette relation, de cet amour-passion-fusion-destruction. Elle en explore tous ses états. La douleur d’être l’autre femme, celle qui doit se faire discrète. L’envie, le besoin, l’attente, le manque, l’abandon de soi. La conscience du danger, l’incompréhension, l’acceptation, la foi, l’usure, la jalousie, la colère, la furie, le mutisme, l’isolement… Les miettes dont Douce accepte de se satisfaire, les mensonges qu’elle accepte de croire. Sa vie dans l’expectative. Sa vie en points de suspension. Et l’emprise, la manipulation. L’anéantissement. Jusqu’à la renaissance. Sylvia Rozelier met véritablement à jour l’égoïsme, l’inconscience de l’homme aimé, sa lâcheté aussi, son manque d’empathie. 

Les phrases sont courtes et lourdes d’émotion. Le style est fluide, l’écriture sensible, ancrée dans le réel d’un quotidien à la fois banal et brutal. On ne sort pas indemne de cette histoire, aussi intime qu’universelle. Ce pourrait être la mienne, ce pourrait être la vôtre. 

Je ne savais jamais quand je te reverrais, ni si je te reverrais. Nous ne prenions pas de rendez-vous. Rien n’était prévu et l’imprévu nous était interdit. Nous étions sans échéance. Au début, ce rythme voué entièrement à l’instant m’avait plu. Il me donnait une impression d’aventure, de liberté que j’aimais. Que les choses se décidaient au dernier moment, que tout était possible. Mais rien ne l’était. Le temps faisait du sur-place. Gangrené, il s’éternisait, me pesait. Je ne conjuguais plus au présent mais au futur empêché. Je m’étiolais, je perdais le sens.

Douce de Sylvia Rozelier est disponible aux éditions Le Passage (2018, 216 pages).

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